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Usul marchait depuis longtemps dans le désert,

 Il marchait sans vraiment savoir ce qu’il devait ou voulait atteindre
Quand il finit par comprendre qu’il n’y avait pas de chemin
Dans le désert
Et qu’il marchait pour marcher.

Usul marchait depuis longtemps dans le désert, dans Récit 1332399523_74657

Il avait pourtant essayé de marcher dans plusieurs directions
Pensant y trouver au final de quoi étancher sa soif.
C’est paradoxal, on cherche le puits car l’on a soif,
Et plus on cherche, plus on a soif.

Et puis Usul finit un jour par comprendre,
et édifia une stèle en plein désert, sur laquelle il marqua:

« Dans le domaine spirituel, nul chemin.
Pas de point de départ, pas de point d’arrivée.
Pas même une entité réifiée pour l’emprunter, ce chemin.
Et pourtant, il faut du temps pour le comprendre. Paradoxal, n’est-il pas?
Il faut même cesser de vouloir le comprendre pour le comprendre. Il faut même ne pas dire l’avoir compris pour l’avoir réellement compris, et encore moins faut-il le penser.
Pensez-le, dites-le, et alors c’est le plus sûr moyen de montrer que vous ne l’avez pas compris.
Vous ne savez plus comment conceptualiser les choses?
le « chemin » vous apparait de plus en plus vague?
le point de départ et d’arrivée disparaissent peu à peu?
vous ne savez même plus qui voulait l’emprunter ce chemin?
C’est bon, vous y êtes…. Passez votre chemin »

Usul était en fait devenu un mystique.
Il se méfiait des mots,
De la Parole,
De la Pensée.
Autant d’outils qui pensent saisir
Ce qui est insaisissable,
Et qui en fait d’outils sont des obstacles,
Et même: le problème.

Et pourtant les mots,
Usul avait fini par leur accorder un pouvoir
Quasi thaumaturgique.
Les mots n’avaient d’autres fins
Que d’exprimer le Beau,
Qui en définitive seul prévaut.

Usul avait fait sienne l’Idée que
« le Ciel est mort »,
Le néant était devenu pour lui
Un point de départ
Qui conduit au Beau et à l’Idéal.
À cette philosophie devait correspondre
Une poétique nouvelle,
Inspirée par Mallarmé,
Qui dise le pouvoir sacré du Verbe.
Par le rythme,
La syntaxe
Et le vocabulaire rare,
Le poète crée une langue qui ressuscite
« l’absente de tous bouquets ».
Le sens naît de la résonance.
Le vers se fait couleur,
Musique,
Richesse de la sensation,
« Concours de tous les arts suscitant le miracle ».
 « La Poésie est l’expression,
Par le langage humain ramené à son rythme essentiel,
Du sens mystérieux des aspects de l’existence :
Elle doue ainsi d’authenticité notre séjour
Et constitue la seule tâche spirituelle. »

En un mot,
Les mots ne devraient pas
Viser le Vrai
Au risque d’atteindre
Le Faux.
S’ils visent le Beau,
Alors Ils atteignent
Le Vrai.

983506-bigthumbnail dans Récit

Ayant dit celà,
Usul s’assit un moment
A l’ombre de l’arête d’une dune
Et, contemplant le Ciel,
Repensa à ces vers de Rumi

    « Je viens de cette âme
    qui est à l’origine de toutes les âmes
    je suis de cette ville
    qui est la ville de ceux qui sont sans ville
    Le chemin de cette ville n’a pas de fin
    Va, perds tout ce que tu as,
    c’est cela qui est le tout.« 

 

.
 

Le suricate et le scorpion

un jour qu’il marchait dans le désert, Usul rencontra un scorpion et un suricate qui se dressaient l’un contre l’autre. Dans le silence et l’immensité des dunes ce face à face résonnait comme le combat des Dieux. Au cours de ses pérégrinations Usul en avait vu des humains qui, pris de panique, furent saisis par le scorpion, dont la piqûre fatale les avait envoyés rejoindre le monde souterrain de l’Hadès. Presque toujours c’est la panique et la peur qui ont raison de l’Homme, et le scorpion pris de terreur à son tour met alors son ennemi à mort par la puissance de son venin.

Le suricate, animal du désert s’il en est, a une toute autre attitude face au scorpion. Il est calme mais vif, patient mais concentré, et surtout.. il n’a pas peur. Et à chaque fois l’issue est la même: le suricate est vainqueur. On dit même que c’est son courage et son adversité qui le rendent insensible au venin du scorpion.

La peur plus que le poison est la force paralysante qui nous empêche d’avancer et d’être le vainqueur des obstacles.

Ayant assisté à ce combat des sables à l’issue duquel le suricate était une fois de plus sorti vainqueur, Usul décida d’inscrire à l’endroit même où le scorpion fut dépecé une stèle où il écrivit ceci à l’attention des voyageurs qui ne manqueraient pas de connaître la peur au cours de leur voyage:

« Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »

.
 

Une caravane, des marchands et un farceur

Un mois s’était écoulé depuis qu’Usul avait quitté l’oasis endeuillée. Il avait repris sa route et marchait sans relâche. Était-il de ce monde? Était-il humain? Toujours est-il qu’il pouvait marcher dans le désert seul et sans ressource apparente pendant de très longs moments. Certains l’avaient même surnommé le fennec du désert, du nom de ce renard des sables connu pour son intelligence et son étonnante faculté d’adaptation à des conditions climatiques extrêmes.

Une caravane, des marchands et un farceur dans Récit nuit-dc3a9sert

Usul se déplaçait en scrutant le ciel étoilé, il était pour lui sa meilleure boussole. Un soir qu’il passait son temps à interroger les astres, il fut dérangé par des cris qui résonnaient dans le lointain dans un campement de caravaniers, et qui avaient tout l’air d’être des cris d’altercation. Il s’approcha des deux hommes qui ne cessaient de s’insulter l’un l’autre et dont le ton commença sérieusement à monter.

- Que se passe t-il donc, marchands, qui justifie autant d’animosité entre vous?
- Il m’a volé une partie de ma marchandise! Un sac rempli d’étoffes de la plus haute valeur, dit le marchand dans une colère noire.
- Ta marchandise, je ne l’ai pas touchée! Je ne m’en suis même pas approché! se justifia l’autre homme, commerçant en épices.
Usul tenta de s’interposer entre les deux hommes, et dit alors:
- As-tu quelque preuve de ce que tu affirmes? L’as-tu vu faire ou as-tu de sérieuses raisons de douter de cet homme?
- Non, aucune. Mais quelqu’un de la caravane m’a dit qu’il l’a vu faire!
- Et tu vas croire cet homme? alors que ni toi ni moi ne le connaissions, que c’est un quasi inconnu qui a rejoint notre caravane il y a une semaine à peine! s’exclama le marchand d’épice suspecté.
Après avoir écouté les deux amis, Usul s’exprima:
- Il est curieux d’accorder du crédit à la parole d’un inconnu. Comment, alors que tu n’as rien vu directement de tes yeux, peux-tu faire confiance à des propos qui pourraient être ceux d’un calomniateur (et aussi accessoirement d’un voleur). Il est dit que « L’homme pervers excite des querelles, et le rapporteur divise les amis. » Les ragots se basent sur des rumeurs, « Celui qui répand la calomnie dévoile les secrets, mais celui qui a l’esprit fidèle les garde. »
Ne laisse pas ta colère obscurcir ton jugement, n’as-tu pas d’autres marchandises à acheminer? N’as-tu pas d’autres biens dans la caravane?
- Bien sûr qu’il a d’autres biens! répondit le marchand d’épices. Cela va faire maintenant deux jours que nous sommes arrêtés ici et qu’il refuse de lever le camp!

Le marchand d’étoffes grommela et s’adressa directement à Usul.
- Tu sembles prendre ceci à la légère, mais moi ma marchandise elle m’importe, et j’ai les voleurs en horreur.
- Y a-t-il ici un voleur dont tu peux affirmer sans détour qu’il s’agisse d’un voleur, demanda Usul.
- Non
- Alors il n’y a pas de voleurs, poursuivit Usul d’une voix calme. Pense plutôt à reprendre ta route avec ton ami et à acheminer ta marchandise au plus vite. Ne te soucie de rien.
- Étranger, toi au moins tu ne sembles en effet te soucier de rien, dit ironiquement le marchand de tissus.
- En effet, je ne me soucie pas le matin du soir, ni le soir du matin, de quoi je serai vêtu.
Il était une fois un marchand, comme toi, un caravanier, qui était extrêmement avare. Un jour un plaisantin s’amusa à lui subtiliser un chameau, non pour le lui voler, mais uniquement pour s’amuser de sa réaction. Tous les soirs avant que les étoiles ne s’illuminent dans le ciel, il comptait ses chameaux, et le soir de cette fameuse journée où le plaisantin lui fit son mauvais tour, il en manqua inévitablement un.
Affolé, le marchand compta et recompta ses chameaux, il en manquait toujours un. Les jours et les nuits se suivirent, et le marchand inlassablement comptait et recomptait son nombre de chameaux. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il ne manquait en fait aucun chameau, puisque le plaisantin avait en fait restitué le chameau manquant le lendemain même. Mais l’avarice de ce marchand était telle que la folie l’avait gagné, et quel que fut le nombre de ses chameaux, il comptait toujours un chameau de moins qu’il n’en avait en réalité. Il ne s’occupait même plus de ses chameaux, et certains commencèrent à mourir, faute de soins, et le caravanier un soir finit lui-même.. par mourir, d’épuisement et de folie.
Ne sois pas comme ce marchand de chameaux. Aie confiance en ton ami et reprend la route, ne te soucie de rien.

Raisonné, le marchand de tissus se contenta de poser sa main sur l’épaule d’Usul.
- Par Yaha’u'llah ta sagesse est grande, mon ami. Merci.

 dans Récit

Usul s’éloigna de la caravane qui avait maintenant retrouvé son calme, et qui était prête à reprendre sa route jusqu’à la ville de Habannya, véritable écrin de verdure aux portes du désert.
Avant de quitter définitivement l’endroit, Usul fit une halte devant une stèle commémorative, dressée en l’honneur d’un saint qui avait passé sa vie dans le désert profond. Il entra en méditation devant la stèle et rendit grâce au Shagma, appelé Yaha’u'llah selon la croyance majoritaire des hommes du désert.
Ayant à l’esprit ce à quoi il venait d’assister, il se rappela cette courte stance:

Jésus disait :
Ne vous souciez pas le matin du soir,
ni le soir du matin,
de quoi vous serez vêtu.

C’est là un leitmotiv qui revient sans cesse dans les Évangiles : ne pas se faire de souci à propos de la nourriture, du vêtement ou encore « de ce que nous dirons lorsque nous serons conduits devant les juges ». Il faut chercher d’abord le Royaume, le Règne de l’Esprit en nous, et alors, dans sa clarté, tout est donné par surcroît.
Le « souci », généralement, est lié à la peur, signe d’un manque de sécurité ou de paix intérieure. Se faire trop de souci, même pour des causes nobles, est aussi symptôme d’orgueil ; on se prend trop au sérieux ; on se prend pour la cause première de tout ce qui peut nous arriver, alors que « c’est Lui qui agit », « en Lui, nous avons la Vie, le Mouvement et l’Être ».
On se souvient de ce fioretti du pape Jean XXIII, un soir où il se faisait du souci pour l’Église, sans doute y avait-il de quoi ! Alors le Christ lui apparaît et lui dit : « Jean, est-ce toi le chef de l’Église ou est-ce Moi… Qui conduit la barque… ? Alors agis le mieux possible et ne te fais pas de souci. »
Ne pas se faire de souci, ce n’est pas de l’indifférence ou une attitude irresponsable. Il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir et le mieux possible, mais le résultat de nos actions ne dépend pas de nous, comme le dit aussi la Bhagavad Gita : « Tu as droit à l’action, mais non aux fruits de l’acte. »
Ou encore Ignace de Loyola qui résume bien l’attitude juste : « En toutes choses, agis comme si tout dépendait de toi seul, et en toutes choses, agis comme si le résultat de tout ce que tu fais dépendait de Dieu seul. »
Ne pas se faire de souci, c’est également vivre dans le Présent. « Ne vous souciez pas le matin du soir, et le soir du matin », « À chaque jour suffit sa peine », « Pouvez-vous, par votre souci, ajouter une seule coudée à la longueur de votre vie ? »
C’est le propre de l’amour que de vivre dans le Présent. Si on dit : « J’aime ou j’aimerai », cela veut dire qu’on n’aime pas.
Vivre dans le Présent, instant après instant, nous dévoile le secret de la Présence. Cela demande une grande force d’attention et une grande qualité d’âme, mais c’est aussi une grande source de bonheur. Notre énergie n’est plus dispersée dans l’hier ou le demain. On peut alors vivre intensément avec ce qui est « devant notre visage ».
Alors nous ne faisons plus qu’Un avec la spontanéité de la vie qui passe d’une forme à l’autre, d’un vêtement à un autre, sans perdre notre identité.
Ne pas se soucier de quoi nous serons vêtus, c’est ne pas se soucier de la forme que prendra la vie en nous. Notre ascèse, c’est d’être fidèles et justes dans l’instant.

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  • en un certain langage, "Usul" signifie le pilier, la base, le fondement.
    Ce vers quoi retourne et repose le grand Tout. Dans un autre langage, cette idée peut se traduire par "Kakushin"

  • la maxime du suricate

    « Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale.
    J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
    Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »